Montre-moi ton oreille en chou-fleur, je te dirai qui tu es.

feuilles-de-choux-divers-Gonfles

Elle fait peur aux enfants et n’aide pas toujours pour draguer. L’oreille en chou-fleur reste d’abord l’apanage des avants. Ces hommes qui ont sacrifié l’esthétique et leurs esgourdes pour l’amour du rugby.

Le phénomène répond au nom scientifique de périchondrite. Une infection du tissu qui entoure le cartilage de l’oreille externe. A force d’être soumis à des coups violents, les pavillons se déchirent, le sang s’accumule sous la peau pour former un hématome. Ce dernier va progressivement détruire le cartilage restant et déformer l’organe, qui prend un aspect gonflé.

olivier-milloud-oreille-chou-fleur-Gonfles
Des nuggets fumés svp.

« Une fois que ça commence, c’est très dur de contrôler l’avancée de l’infection, prévient Olivier Milloud, pilier aux 50 sélections. Ca évolue rapidement car il faut bien retourner au charbon la semaine suivante. »

La ponction est alors envisageable. Une épreuve redoutée, même par les gros durs. « Ça fait vraiment mal« , en tremble encore Julien Brugnaut, première ligne du Racing 92. Pour éviter de souffrir, une seule solution: la prévention. Le port du casque s’est aujourd’hui généralisé. « J’en portais un à chaque match, et comme vous le voyez, ça n’a pas vraiment marché« , relativise quand même Milloud.

Populations à risques

Les statistiques sont formelles. Les joueurs de plus de 100kg sont souvent les plus touchés par le phénomène. Le pilier droit de Lyon, David Attoub, confirme. « Ça arrive le plus souvent au talonneur ou aux seconde lignes, qui vont aller à l’impact et se frotter dans la mêlée. Les arrières sont souvent épargnés. » Et ce n’est pas seulement la force de l’impact qui détermine l’apparition des hématomes, mais aussi la répétition des frottements. Autrement dit, selon Olivier Milloud, « que l’on joue au plus haut niveau ou que l’on soit en bas de l’échelle, cela peut arriver à tout le monde. » D’ailleurs, le rugby n’est pas le seul sport touché. « Si vous voulez vraiment en voir de belles, allez faire un tour du côté des judokas ou des lutteurs, il y a de beaux spécimens« , vend Brugnaut.

L’oreille en chou-fleur: un Signe de reconnaissance

trop-chou-henri-refuto
Une belle feuille de ouch nature.

Les oreilles en feuille de ouch symbolisent donc le sacrifice des avants. Sans elles, impossible de passer pour un vrai guerrier. Du moins, à en croire Henri Refuto, auteur de Trop chou, ouvrage définitif sur la question. « Elles étaient la preuve ultime du combat, avance l’ancien 3ème ligne de Montpellier.

Un gage de sérieux pour un avant car il témoigne ainsi de son implication dans les phases de contact. » Comme un sésame pour entrer dans la confrérie des piliers. Et dans confrérie, il y a frérie évidemment. « C’est vrai que c’est un signe distinctif, même si on nous reconnaît aussi au gabarit », relativise Milloud, qui s’est mangé des genoux toute sa carrière pour faire avancer ses coéquipiers.

Question de style

« À un moment, c’était assez à la mode, je crois que ce n’est plus le cas« , regrette Julien Brugnaut. Encore que ce dernier s’estime bien loti quand il se regarde dans la glace. Mais pour mes moins chanceux, il faut bien assumer une fois les crampons remisés. « Quand je marche dans la rue, les adultes regardent vite fait, rigole Milloud, dont les jolis spécimens ont quelque peu dégonflé depuis la retraite. Mais le pire, c’est vraiment avec les enfants. Souvent, ils bloquent carrément dessus. »

« DES JOUEURS SE FRAPPAIENT LES OREILLES CONTRE LES EXTINCTEURS, DES MURS VOIRE DEMANDAIENT À D’AUTRES DE LEUR DONNER DES COUPS DE POING POUR ENFIN AVOIR L’OREILLE GONFLÉE »

Reste une question épineuse: et niveau drague? Pour l’ancien international, qui parle d’expérience, « ce n’est pas forcément un atout de séduction, mais comme on dit, tous les goûts sont dans la nature« . Et alors que certains passent sur le billard en fin de carrière, Henri Refuto évoque avec nostalgie ces temps « où des joueurs se frappaient les oreilles contre des extincteurs, des murs voire demandaient à d’autres de leur donner des coups de poing pour enfin avoir l’oreille gonflée ». Eh oui, il fallait souffrir pour être beau.


Sources:

tampon-1-magazine-rugby-Gonfles
« Au rugby, les tampons c’est pas dans la chatte. »

 

 

Par Christophe Gleizes, dans TAMPON #1, p.16, un hors-série Rugby présenté par So Foot que l’on vous recommande chaudement.

Tagged with: