Retour à Lamaison avec Titou

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Il a laissé le rugby professionnel continuer sans lui. À 44 ans, Christophe Lamaison s’est recyclé dans les énergies renouvelables dans son Pays basque, entraîne les minimes d’Arcangues et préfère toujours qu’on l’appelle Titou. Un retour aux sources pour un buteur nostalgique, mais pas du tout amer et qui a marqué à jamais le rugby français un jour de 1999 face aux Blacks.

Christophe Lamaison s’est livré au jeu du questions-réponses avec l’équipe de TAMPON!, en voici un extrait.

Il faut bien commencer par là. D’où vient le surnom « Titou » ?

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Slip-sandales. La base.

C’est le petitou, le petit au Pays basque, c’est très fréquent ici. Même des animaux s’appellent Titou. Une fois, j’avais rendu visite à une école et quand je me suis présenté en disant que je m’appelais Titou, un des élèves a levé la main pour dire: « Comme mon chien, monsieur. » Du coup, j’ai dit qu’ils pouvaient aussi m’appeler Christophe.

Comment un ancien rugbyman se retrouve aujourd’hui à diriger une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables ?

J’étais en fin de carrière, ça commençait à sentir la sapinette pour moi et je me suis lancé avec un copain du rugby, Nicolas Martin. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi on pouvait voir des champs éoliens à Pampelune et pas chez nous, de l’autre côté de la frontière. J’ai commencé à m’y intéresser et des rencontres m’ont permis d’avoir accès à des personnes chez EDF, ce qui m’a amené à travailler avec la filiale EDF Énergies nouvelles spécialisée dans ce domaine. Après, tu suis la mouvance quand tu commences à t’intéresser aux énergies renouvelables: l’éolien, le photovoltaïque, l’hydraulique ou la biomasse aujourd’hui.

Vous avez un peu disparu du milieu du rugby. Par choix ?

Oui. On me ressort juste du placard tous les quatre ans pour la Coupe du monde.

Mais vous profitez de ce réseau rugby pour votre entreprise.

Je serais bien bête de ne pas l’utiliser. Que tu aies été international ou joueur de 4ème série, j’estime que tu fais partie d’une même famille.

Cette fameuse famille existe vraiment ?

(Il réfléchit) En toute honnêteté, elle existe. Elle a sans doute pas mal évolué avec le rugby professionnel, mais du moment que tu as joué, tu peux faire appel à elle. Surtout ici au Pays basque où le rugby est un peu le sport de clocher. […] Je me souviens d’un bénévole qui venait se doucher tous les matins au club de Saint-Médard-en-Jalles parce que ça lui rappelait l’époque où il était joueur.

Votre clocher, c’est Peyrehorade. La légende dit que vous saviez bien recevoir…

Quand on accueillait les grosses équipes, on préférait les faire jouer dans la boue sur le terrain annexe parce qu’on savait que les mecs allait être démoralisés. Et si on menait avec assez de marge à la mi-temps, on changeait pour revenir sur le terrain d’honneur.

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« Titou, les poteaux sont par-là! »

Vous n’avez jamais eu envie d’entraîner une équipe professionnelle ?

Non, j’ai très vite basculé sur ma reconversion. Je ne voulais pas devenir aigri, j’ai toujours été déçu par le comportement de certains dirigeants qui venaient te dire: « À mon époque, c’était mieux. » Je préfère tourner la page et fermer le bouquin.

Vous n’êtes pas nostalgique quand même ?

J’ai surtout retenu de ma carrière les rencontres, les voyages, les troisièmes mi-temps aussi. Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout est un peu plus aseptisé. Il y a une nostalgie par rapport à ça, oui.

Quand vous signez à Brive, vous insistez pour obtenir un poste de maître-nageur à mi-temps à la piscine municipale. Vous aviez peur de devenir professionnel à temps plein ?

Déjà, je partais de chez moi et ce n’était pas le Béarn, mais la Corrèze (sourire). On parlait à l’époque de semi professionnalisme, donc par méfiance, je préférais demander un travail à mi-temps. Je m’entraînais le matin et j’étais à la piscine l’après-midi, c’était sympa.

Comment on se comporte avec un président qui est aussi une star de la télé et un gros fêtard revendiqué ?

On comptait sur lui pour qu’il nous fasse rire, qu’il nous fasse son imitation de Bourvil, bien sûr. On était ses joueurs, rien que de nous voir, il était content ; je ne l’ai jamais entendu gueuler sur nous. Comme il était un président qui sortait du cadre, il faisait aussi en sorte qu’on soit un peu à son image. On avait pas peur des caractères, le vilain petit canard, il fallait qu’il soit chez nous. Il y avait des mecs qui cassaient les codes, des Casadeï, Carbonneau, Alégret, Kakala…

Vous aviez le sentiment d’être un club différent ?

Le challenge était à moyen terme, sur deux ou trois ans. Au niveau du staff médical, de l’entraînement, on était des précurseurs avec Laurent Seigne et Pierre Montlaur. Et puis, il y a eu la finale de Coupe d’Europe de 1997 qui a marqué les gens. Déjà, c’était la première année où des clubs anglais étaient engagés. Et avec notre équipe de fous furieux, on se retrouve face à Leicester et son armada d’internationaux. Et là, on fait un match avec du jeu de partout, quatre essais et on gagne.

Pour la Coupe du monde 1999, vous ne partez pas pour être titulaire, il n’y avait pas vraiment d’harmonie dans le groupe…

(Il coupe) C’est le moins qu’on puisse dire.

Skrela et Villepreux étaient-ils trop ambitieux ?

En France, il faut que ça gagne et que ça plaise.Or, ça ne gagnait pas vraiment et ça plaisait encore moins. C’était le jeu à la toulousaine, avec du jeu debout alors que le rugby avait évolué et qu’on commençait à parler d’un jeu physico-physique. Villepreux et Skrela étaient convaincus par cette façon de jouer, mais n’avaient peut-être pas les bons ingrédients au départ. Et puis, avec les blessures il y a eu certains réajustements. Je suis devenu l’ouvreur, Fabien est revenu, Émile (Ntamack) s’est installé au centre alors que les coachs n’en voulaient pas et on met 40 points à l’Argentine qui posait déjà souvent problème à la France.

Et ce soir-là, il y a une grosse troisième mi-temps.

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Gilbert Montagné était déjà dans la place.

On sait qu’on va jouer les Blacks et personne n’a oublié qu’on a pris 50 points contre eux en préparation. On a atteint l’objectif fixé en étant en demi-finale et on en a plein le cul parce que depuis deux mois et demi, on est critiqués de partout, donc on a juste envie de décompresser. On se retrouve dans cette salle d’hôtel où on s’octroie une petite bière, et puis une deuxième, une troisième, et on commence à délirer comme on savait bien délirer en troisième mi-temps. On était encore une génération d’amateur et on savait lâcher la pression, mais intelligemment. À l’époque, le tube du moment, c’était Tomber la chemise, alors on a tous fini torse nu, les dirigeants compris.

La semaine avant la demi-finale, la question qui revenait, c’était: « Combien de points vous allez prendre ? »

Ce n’était que ça. « Comment vous allez faire pour exister ? » »Comment vous allez empêcher Jonah Lomu de marquer cinq essais ? » Affreux.

Et vous marquez 28 points. Vous avez l’impression de réaliser le match parfait ?

J’ai fait mon job, chacun a fait son job. Je ne peux pas ramener ce match à ma performance. Il y a des moments dans une carrière de sportif où on est dans « la zone », on fait exactement ce qu’il faut faire. Jamais on a regardé le score, on ne remarque même pas les Anglais qui chantent La Marseillaise. J’arrive en conférence de presse, je vois des journalistes qui pleurent, les mêmes qui balançaient sur l’équipe de France juste avant. On commence juste à réaliser ce qu’on vient de faire.

Vous savez qu’après ce match, vous entrez à tout jamais dans l’histoire du rugby et du sport français.

Eh bien, merci. Merci Youtube (rire)

On se souvient de vous comme d’un ouvreur alors que vous avez fait une partie de votre carrière comme centre ou arrière. Vous étiez un numéro 10 contrarié?

J’étais polyvalent, je pouvais jouer de 9 à 15, sauf aux ailes. J’étais assimilé à cette polyvalence, le bouche-trou. Disons que dans l’évolution du rugby, ouvreur était le poste qui me correspondait le mieux. J’avais des qualités de pied, c’est pas mal pour un 10. Comme centre, je n’étais pas le plus costaud et j’ai laissé ma place aux mecs de 100 kg.

Vous aviez mis assez d’argent de côté grâce à votre pub Mennen?

Ah oui, c’était en 1997. Je fais alors partie du petit gratin des Français reconnus comme meilleur joueur du Tournoi, le dernier devait être Philippe Sella. Mennen envoie un fax à Brive pour réaliser une pub avec moi. À l’époque, il n’y avait pas d’agent, rien de tout ça, alors un des dirigeants brivistes qui était aussi un industriel me dit: « J’ai un peu l’habitude des contrats, si tu veux, je vais te le négocier« . On appelle donc la nana de chez Mennen, il met le haut-parleur et negocie. Le dirigeant prévient: « Attention, ça ne sera pas en dessous de… » et il donne la somme en francs. J’entends la femme répondre tout étonnée: « Ah, bon, ça nous va très bien« . Elle devait penser que ça serait dix fois plus. Je revois la tête du dirigeant. Mais c’était une belle somme quand même, trois fois mon salaire mensuel. Je l’ai remercié. Je me suis même retrouvé dans Le Chasseur français, et j’avais négocié un stock de gel douche pour les copains. Ils étaient contents.

 


Source:

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La balle à deux mains Guy !

 

Par Antoine Mestres & Alexandre Pedro, dans TAMPON #2, p.37, un magazine rugby présenté par So Foot.

A vous procurer d’urgence pour retrouver cet entretien complet avec Christophe Lamaison, avec de belles photos en prime.

 

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