Stade Toulousain: nouveau départ pour ses héritiers

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Quand on parle du Stade Toulousain, on pense évidemment à Guy Novès. Quarante ans en club, dont vingt en tant qu’entraîneur. Mais voilà, une page vient de se tourner. Guy Novès a été nommé à la tête du XV de France. Et après trois ans de disette, Toulouse part en reconquête avec deux anciens de la maison : Ugo Mola et Fabien Pelous, respectivement Manager et Directeur Sportif.

À Toulouse, le rouge et le noir ne sont pas des couleurs mais des symboles, la marque de la puissance, de l’élégance et du palmarès du Stade Toulousain. Une institution qu’a quitté récemment Guy Novès après quarante ans de passion et de titres. Une époque dorée célébrée en Novembre dernier qui ne l’a pas laissé insensible.

« IL EST IMPORTANT POUR FABIEN ET MOI DE TROUVER NOTRE PATTE. SI ON FAIT DU GUY NOVES, ON SE PLANTERA. »

Guy Novès a tout gagné au Stade Toulousain, un club riche de 19 boucliers de Brennus et 4 Coupes d’Europe. Mais au-delà du palmarès, le Stade Toulousain c’est l’esprit du jeu. Un héritage colossal. Héritage dans les gênes d’Ugo Mola qui, d’après Guy Novès, est la bonne personne pour reprendre le flambeau.

Reconnaissant de l’impact de Guy Novès sur le palmarès impressionnant du club, le nouveau manager a à cœur de réussir avec le même staff mais en amenant ses propres méthodes pour éviter l’échec du copier/coller: « Il est important pour Fabien et moi de trouver notre patte car nous ne ferons pas du Guy Novès. Si on fait du Guy Novès, on se plantera. »

Un Stade Toulousain en rénovation

Depuis Juin dernier le Stade Toulousain fait sa mue en douceur autour d’anciens joueurs revenus au club comme Fabien Pelous. Le recordman de selections en Bleu est désormais le nouveau Directeur Sportif. Manager de l’Equipe de France des -20 ans pendant quatre ans, c’est lui qui fixe le cap mais sans outrepasser le rôle d’Ugo Mola pour éviter la confusion dans la tête des joueurs. Mais si jamais le jeu délivré sur le pré ne correspond pas à sa vision, Fabien Pelous saura le dire clairement à son Manager Sportif.

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Ugo Mola n’a qu’a bien se tenir…

Ni confusion donc, ni révolution, mais plutôt une légère rénovation. Voilà le message de l’équipe guidée par René Bouscatel, Président depuis 1992. Depuis son lieu de travail qui ressemble plus à un musée qu’à un bureau, il aime à rappeler que « personne n’est propriétaire du Stade Toulousain, que les hommes ne font que passer tout en y apportant la patte et la couleur de leur époque« .

D’Ernest Wallon, avocat et premier Président en 1907, à René Bouscatel, tous on en commun l’héritage et la bonne santé économique du club. Parmi eux, Henri Foures. À 91 ans, aux commandes des Amis du Stade, il veille toujours sur son club de coeur qu’il qualifie de « grande famille rugbystique« .

Fidèle à ses principes, la famille toulousaine à néanmoins dû s’adapter aux changements. Premiers concernés : les joueurs, qui ont dû revoir leurs fonctionnements et faire inconsciemment plus attention aux petits détails, comme le souligne Clément Poitrenaud.

Sortis de leur routine et du fonctionnement de Guy Novès, les joueurs ont réappris à se faire mal. De son côté le staff s’est rapidement mis au travail. Pierre-Henry Broncan à rejoint Jean-Baptiste Elissalde et William Servat aux côtés d’Ugo Mola. Une équipe d’encadrement qui n’hésite pas à se dire les choses en face pour les faire avancer.

La transition amorcée s’accélère avec les premiers matches mais l’enthousiasme et la fraîcheur autour d’un nouveau projet ne suffisent pas toujours. Sur la pelouse du Racing Métro, le Stade Toulousain réapprend son rugby aussi. Il s’incline 28-13. De retour à Ernest Wallon, Jean-Baptiste Elissalde rumine encore la défaite dans la capitale. Mais il faut maintenant se consacrer à l’avenir incarné par des joueurs comme Sébastien Bezy, bien qu’en deça durant les Six Nations.

Il faut trouver les mots justes. En vidéo ou en entretien, Ugo Mola attache beaucoup d’importance au dialogue. Il n’hésite pas d’ailleurs à prendre Dusautoir et Albacete en aparté pour parler du capitanat par exemple. Dialogue que Thierry Dusautoir apprécie et accepte car lui même reconnait qu’il va bientôt devoir passer le flambeau après sept ans de bons et loyaux services.

Thierry Dusautoir tire sa révérence

C’est un Samedi pas comme les autres à Toulouse. Thierry Dusautoir vient de mettre un terme à sa carrière internationale.

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Ainsi soit-il

Après 80 sélections en Bleu dont 56 en tant que capitaine, Thierry Dusautoir à définitivement rangé le costume du Dark Destroyer. Mais ce soir là en championnat face à Oyonnax le troisième ligne compte bien prouver qu’il n’est pas venu là pour acheter du terrain. Il reste bel et bien le capitaine du Stade Toulousain. La partie est rude. Et malgré un éclair en première période, Toulouse a du mal à dicter sa loi. Oyonnax ne fléchit pas. Au terme de beaucoup d’efforts, sans briller, Toulouse arrache tout de même le bonus offensif. Et un, et deux, et trois essais à zéro. Un bonus qui a pourtant échappé à William Servat sur le moment.

Une fois les calculs assurés et les entraineurs rassurés, le Stade Toulousain confirme un succès étriqué. Car si l’on peut se contenter d’un à peu près en championnat, ce n’est pas vrai en Coupe d’Europe. Bien qu’elle fasse partie des objectifs du club, cette saison européenne est un échec.

Le Stade Toulousain: un rugby formateur

La formation. Voilà un autre objectif du Stade Toulousain. Sous la responsabilité de Philippe Rouge-Thomas, figure du club, les ateliers de perfectionnement rassemblent trois fois par semaine des rugbymen de 12 à 15 ans.

L’ école de rugby tient également un rôle primordial. Bien qu’on y joue encore pour s’amuser, Fabien Pelous ne laisse rien passer et vient jeter son petit coup d’œil pour donner un coup de main, mais surtout pour « voir si ça bosse bien, car le but est que l’on suive tous la même philosophie« . Appliquer son style de jeu dès le départ, voilà l’idée. Un peu comme le fait le FC Barcelone en formant ses gamins à leur modèle de jeu dès le plus jeune âge.

Les jeunes pousses du Stade Toulousain ne seront peut-être jamais professionnels, mais ils garderont en tête les souvenirs d’un Noël passé avec les stars du rugby français en Décembre dernier. Le Stade Toulousain est une référence, peut-être même une grosse machine, mais il reste un club familial et convivial.

LA Convivialité toulousaine autour du stade

Il se passe toujours quelque chose au club. Entre le petit déjeuner ou une séance individuelle de mêlée, les occasions de construire l’état d’esprit du groupe sont multiples, même si William Servat et Fabien Pelous ne se croisent que très rarement sur le terrain. Le nouveau Directeur Sportif passe le plus clair de son temps entre recrutement, formation et communication. Et quand il n’est pas aux commandes de la promotion du retour au Stadium, il pousse le caillou avec les employés du club.

D’un côté l’encadrement sportif, de l’autre le personnel administratif. La partie de foot est l’occasion de régler quelques contentieux, mais aussi de revoir des anciens comme Yannick Jauzion. Souvent, le score reste anecdotique. Enfin, pas toujours comme aime à le rappeler Pelous en s’interrogeant à voix haute: « Quand est-ce que je vais perdre moi à ce jeu? »

Toulouse-toulon: le match à la jeanne mas

Voilà maintenant trois ans que le Stade Toulousain n’a pas rejoué au Stadium de Toulouse. Une éternité. En ce lendemain de Noël les joueurs préparent minutieusement leur retour et leur match face à Toulon. Une étape importante pour tout un club.

Toulouse-Toulon. Un face à face en rouge et noir. Un test à la croisée des chemins entre des Toulousains à la recherche d’un titre depuis trois ans et des Toulonnais superstars. Toulouse est au rendez-vous, mais pas encore à l’abri avec un petit 10-3 à la mi-temps.

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Ugo Mola: le Luc Besson du rugby.

Naturellement galvanisés par un discours de Mola plus que motivant, les partenaires de Louis Picamoles, les vrais Rouge et Noir, reviennent sur le pré gonflés comme des mules et se mettent en marche à quatorze après le carton jaune de Thierry Dusautoir. Les Toulousains jouent juste. Maxime Médard incarne le lien idéal entre les générations. Lui qui fait figure d’ancien montre le chemin aux plus jeunes. Baille et Camara prennent le relai. Toulouse affiche ses atouts de demain.

Pour son retour au Stadium, le Stade Toulousain tient toutes ses promesses. Les jeunes, les anciens, tous ensembles les Rouge et Noir signent un succès de prestige. Ce soir là, Toulouse s’empare de la première place.

Pour autant, le groupe ne remporte pas de titre mais prouve que si les hommes passent, le club reste. Le Stade Toulousain doit maintenant préparer demain en gagnant aujourd’hui.

C’est la dure mission de ses héritiers.

Un documentaire signé Intérieur Sport, Canal+.